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Conférence à l’École nationale de cirque : Nous y étions…

avril 27, 2016

Gypsy Snider, codirectrice artistique des 7 doigts, a été invitée à prendre la parole lors d’une conférence sur le corps circassien à l’école nationale de cirque de Montréal, en compagnie d’Andréane Leclerc (Nadère arts vivants), Brandy Leary (Anandam Dancetheatre) et Alain Francoeur (École nationale de cirque). Elle a livré ce qui la motive et l’inspire dans son métier en toute franchise et avec beaucoup d’humour. Nous y étions…

« Le cirque est un outil pour communiquer un message, il offre un média sans limites à l’expression. Il ne se cantonne pas à un seul art mais les intègre tous. »

Ayant grandi au sein d’une famille de cirque traditionnel aux Etats-Unis (Pickle Family Circus), Gypsy a très tôt pris conscience des conventions du cirque traditionnel, qu’elle détourne avec brio pour ouvrir le dialogue avec les autres arts.

Lors de la création de la comédie musicale Pippin (Broadway, 2012), Gypsy, qui en assurait la conception circassienne, a décidé de faire du cirque une vraie force pour le spectacle. Alors que le script initial ne lui laissait qu’une place accessoire, elle a inversé la tendance et a composé une partition circassienne unique, qui a attiré les meilleures critiques et couronné le spectacle de 4 Tony Awards.

« Le cirque brouille les frontières entre les différentes formes d’art pour les réunir en les transcendant et les sublimant sur scène. »

Au-delà son pouvoir rassembleur, le cirque est également porteur d’un message. Dans sa recherche créative, Gypsy incite les artistes circassiens à se poser les bonnes questions autour de leur pratique : qu’est-ce que cette acrobatie, cette chorégraphie raconte ? Quelle émotion peut-elle communiquer ? Comment s’inscrit-elle dans l’histoire et pourquoi arrive-t-elle à ce moment-là ? Chaque mouvement est porteur d’une « signification », rien n’est laissé au hasard. Plus que l’esthétisme, c’est le sens qui compte : le ballet des corps devient un support pour l’histoire.

« Le rôle bénéfique et formateur de l’improvisation permet, au-delà de la recherche créative, la transmission et l’appropriation d’un concept par les artistes. »

Dès les premiers jours de la création d’un spectacle, Gypsy organise des sessions d’improvisation, avec les artistes qu’elle a soigneusement choisis. Ces séances se font souvent en huis-clos, car elles peuvent être très intenses pour les artistes, qui se livrent, apprennent à se connaître les uns et les autres et révèlent des sentiments très intimes. Ces séances sont aussi l’occasion d’adapter, de peaufiner, de faire appartenir le spectacle à ses interprètes : les artistes sont ensuite les porteurs du message qu’ils ont construit ensemble, c’est une partie d’eux-mêmes qu’ils offrent au public.

Ce processus créatif renforce l’universalité du message délivré, parce que chacun a partagé ses expériences et ses sentiments pour donner du sens à leur travail collectif.

« Le processus créatif de Réversible, la nouvelle création des 7 doigts de la main, est un combiné de tout cet apprentissage, de toute cette expérience. »

Actuellement en création du dernier spectacle de la compagnie, Réversible, Gypsy travaille avec huit artistes, autant de personnages, qui livrent une bataille sans merci entre leur « moi social » policé et leur « moi intérieur » à la fois sauvage, secret et fragile qu’ils préfèrent cacher pour mieux se protéger de la société. L’inconscient devient le terrain d’une lutte profonde et intérieure qui atteint son paroxysme quand il est confronté au regard d’autrui. Chaque geste et acrobatie prend racine dans l’identité et les sentiments des artistes pour livrer au public une vérité qui résonnera en chacun d’une façon qui lui est propre.

Après un atelier d’improvisation et de création d’une semaine en février dernier, Réversible entrera de nouveau en création à la mi-juillet à Montréal. La première mondiale du spectacle aura lieu le 16 novembre à la TOHU.

Propos recueillis dans le cadre de la conférence « Le corps circassien confronté aux autres genres et aux autres modes spectaculaires », 7 avril 2016, bibliothèque de l’école nationale de cirque de Montréal.

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